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A l'aube du XIVe siècle, Avignon a connu une aventure tout à fait exceptionnelle : L'installation de la papauté dans ses murs pendant près d'un siècle.
Certes, des fouilles nous ont appris qu'à la fin de la période préhistorique (il y a quatre à cinq millénaires) cet oppidum commandait le Rhône.
Puis, au tout début de notre ère, où les restes archéologiques prouvent que, dès le début de l'empire Romain, elle pouvait rivaliser avec les villes voisines de la Provincia : Arles, Nîmes, Orange et Vaison, qui ont eu plus de chance dans la conservation monumentale de cette période faste avant les invasions barbares.
Puis cette grosse bourgade de quelque 5 000 habitants eut à recevoir un pape, deux douzaines de cardinaux, les milliers de curialistes et familiers qui les entouraient et tous ceux que les affaires religieuses et politiques du monde civilisé appelaient à séjourner plus ou moins longuement auprès du Saint-Siège.
Si bien qu'avant même le milieu du siècle, on estime que la population avait décuplé et que la ville hébergeait d'une façon permanente une cinquantaine de milliers de personnes.
C'est le pape Jean XXII qui s'installa de manière permanente dans le bâtiment épiscopal et, comme il mettait sur pied une véritable administration fortement organisée, il fallut bien s'occuper du problème de logement des services et des grandes disciplines de la curie.
Après le siège de 1236 et les destructions du roi de France Louis VIII, deux commissions furent instituées afin de livrer les bâtiments nécessaires aux princes de l'église.
Ces "livrée" devenaient un logement de fonction dans lequel les cardinaux se succédaient.
Mais la plupart des cardinaux ne se contentèrent pas de ces attributions le plus souvent médiocres et ceux qui le pouvaient s'en rendaient propriétaires, en achetaient d'autres mitoyens et rasaient tout ou partie pour se construire de véritables palais.
C'est le cardinal Bérenger Frédol dit l'Ancien, grand pénitencier du pape Clément V, qui fut à l'origine de ce qui deviendrait plus tard le Petit Palais.
Entre 1317 et 1319, il achète au moins douze habitations pour son compte personnel.
Il en fit raser la plus grande partie et se fit construire un palais dont il reste encore le grand bâtiment formant l'aile sud-est actuelle et sans doute quelques pièces et murs mitoyens dans l'aile est intermédiaire.

Benoît XII, désireux de transformer le palais épiscopal en palais apostolique. se rend alors acquéreur des immeubles pour y transférer le siège de l'évêché.
Alors, l'évêque Anglic Grimoard, après avoir encore agrandi le patrimoine en 1364-1365 par l'achat d'une dizaine de maisons, entreprend de très grands travaux.
C'est probablement cette importante campagne qui donna son ordonnance définitive au bâtiment : quatre ailes autour d'un cloître trapézoïdal flanqué, du côté est, de deux ailes supplémentaires au nord et au sud, s'appuyant au levant sur la paroi rocheuse du Rocher-des-Doms et déterminant ainsi une deuxième cour dite cour de service.
Ce n'est sans doute qu'à partir de cette époque que le bâtiment put vraiment mériter le titre de Petit Palais par opposition au Grand Palais.
A l'époque troublée du grand schisme, pour soutenir le siège qu'il eut à subir de 1398 à 1411, Benoît XIII relia le Petit Palais au Palais des Papes par des murailles flanquées de tours. Ce bastion avancé avait une grande importance pour les assiégés puisqu'il leur donnait un contact avec le Rhône, et une liaison relativement aisée avec l'extérieur.
Ce sont les nécessités de la poliorcétique (technique du siège) qui ont donné à ce quartier son aspect actuel : Benoît XIII pour mieux assurer la défense de sa double forteresse, voulut créer un glacis et aménagea ainsi la vaste place actuelle.
Ce fut l'évêque Guy de Roussillon qui eut à faire réparer les plus graves dommages subis par son bâtiment. Mais c'est le cardinal Alain de Coetivy qui s'attacha à une remise en état complète de l'intérieur des bâtiments.
Son oeuvre fut parachevée par le cardinal Julien de La Rovère qui le fit immédiatement transformer en archevêché par le pape Sixte IV.

Ce grand seigneur de la Renaissance, amateur d'art des temps nouveaux, protecteur de Bramante, Raphaël et Michel-Ange, ne pouvait supporter l'aspect "gothique" des façades principales de son archevêché. Il fit donc démolir tous les murs du Midi donnant sur la place, et pour agrandir et unifier cet ensemble, fit construire une façade noblement et régulièrement ordonnancée deux mètres en avant de l'ancienne.Pour redresser l'obliquité de la façade occidentale, il fit construire une nouvelle perpendiculaire à celle du Midi et, vers le Rhône à l'angle nord-ouest du bâtiment, une énorme tour de 44 mètres de hauteur et 10 mètres de diamètre.
Il aura donc fallu un siècle et demi pour que cet édifice prenne l'aspect sous lequel il nous est parvenu.
Dès lors, des hôtes de marque y passèrent nombreux : le cardinal de Foix (1497), César Borgia (1498), Isabelle reine de Naples (1502), l'archiduc Philippe d'Autriche, futur roi de Castille (1503), la reine Éléonore de France (1533), alors que pendant tout le XVIe siècle, les archevêques d'Avignon, tous italiens, y résidèrent fort peu, préférant séjourner à Rome.
En 1650, l'explosion de la poudrière de la citadelle Saint-Martin qui se trouvait sur le Rocher-des-Doms souffla les parties hautes des bâtiments situés au couchant. Si la voûte de la chapelle privée des archevêques fut reconstituée à l'identique par Mgr de Marinis, qui y plaça une clef de voûte à ses armes, celle de l'étage supérieur de l'aile sud-est ne le fut jamais et les diverses tours restèrent découronnées.
Moins d'un siècle plus tard, entre 1764 et 1767, Mgr de Manzi fit établir un plan par l'architecte Jean-Pierre Franque qui, prévoyait des modifications d'importance : pour pouvoir loger un vaste escalier à quatre volées dans l'angle sud-est du corps principal des bâtiments, il projetait de supprimer la dernière travée de sa chapelle et de prolonger vers l'est la façade méridionale de deux travées de fenêtres. Si cet escalier monumental ne fut jamais construit, les deux autres transformations furent bien exécutées et la façade de Julien de La Rovère, qui n'avait jamais eu que sept fenêtres par étage, en eut neuf, les deux nouvelles identiques à celles du XVe siècle.
C'est à cette même date que la tour édifiée par Julien de La Rovère, mal fondée et mal construite, s'écroula, entraînant dans sa chute l'angle nord-ouest de l'édifice.

A la Révolution, la France, ayant annexé les États d'Avignon et du Comtat Venaissin, y appliqua les décrets pris par la Convention : dès 1791, le Petit Palais était déclaré bien national et saisi. Transformé en lieu de détention, ce fut rapidement un bâtiment où furent entreposés les livres, archives, mobilier et objets saisis dans les demeures des émigrés et les édifices religieux avignonnais. Près d'un millier de tableaux y furent rassemblés avant d'être mis aux enchères dans leur quasi-totalité. Ce qui restait encore des saisies révolutionnaires fut transféré à l'ancien couvent bénédictin de Saint-Martial transformé en muséum.
Le premier quart du XIXe siècle fut une triste période pour ce bâtiment qui fut loué par morceaux à un cabaretier, des artisans et des négociants.
Pendant une dizaine d'années, le bâtiment eut à souffrir de sa transformation en caserne pour les troupes étrangères. Aussi était-il dans un état déplorable lorsqu'en 1826, Mgr de Mons, archevêque d'Avignon, l'achetait pour l'établissement du Petit Séminaire.
La loi de séparation de 1904 ne changea pas cette nouvelle destination puisqu'il fut transformé en école primaire supérieure de garçons jusqu'à sa désaffectation en 1960.
Si, au cours du XIXe siècle, la façade principale connut d'heureuses restaurations, on doit regretter que les autres façades, la porte d'entrée et tout l'intérieur aient subi bien des déprédations, heureusement pour la plupart suffisamment superficielles, pour que les travaux de restauration conduits par le service des Monuments historiques, entre 1960 et 1976 aient pu les faire disparaître à peu près complètement.
Toute l'aile nord-est ainsi que l'étage de l'aile sud-est ont été réservés au Centre International de Documentation et de Recherche du Petit Palais. Autour de cet exceptionnel rassemblement de quelque quatre cents peintures des XlVe et XVe siècles des écoles d'Avignon et d'Italie, les chercheurs peuvent donc trouver toute la documentation bibliographique et photographique nécessaire aux études les plus approfondies qu'il voudraient entreprendre ou poursuivre sur l'art du Moyen Âge en Italie et dans la France méridionale.
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