Avignon - capitale de la chrétienté au XIVe siècle

L’arrivée du pape à Avignon

Après la mort de Boniface VIII, son successeur Benoît XI s'établit à Pérouse en 1303 où il s'éteignit l'année suivante. Aussitôt se réunit un conclave qui dura près d'un an et au terme duquel fut élu Bertrand de Got archevêque de Bordeaux qui prit le nom de Clément V. Couronné à Lyon, il décida de ne pas se rendre à Rome où le climat politique était toujours troublé. Sa vie itinérante le mena de Bordeaux à Cluny, Nevers, Bourges, Limoges puis Poitiers et le sud du royaume de France. Il arriva, enfin,à Avignon le 9 mars 1309 et choisit cette ville pour y séjourner en attendant le concile qu'il avait convoqué à Vienne pour régler l'affaire des Templiers qui empoisonnait ses relations avec le roi de France. Il s'installa provisoirement dans le couvent des Dominicains, le plus grand de la ville tandis que les curialistes et les cardinaux se logèrent en ville. La majeure partie des services administratifs, des cardinaux et les tribunaux apostoliques demeuraient à Avignon et Carpentras, tandis que le pontife séjournait successivement au prieuré du Groseau, à Châteauneuf du Pape et à Monteux.

Avignon au début du XIVe siècle

Avignon était alors une ville d'importance moyenne de 5000 à 6000 habitants. Elle appartenait au comte de Provence, Charles II d'Anjou, également roi de Naples, Sicile et Jérusalem et, à ce titre, l'un des grands vassaux du pape. Le comté de Provence se trouvait en terre d'Empire, non loin du royaume de France qui lui faisait face de l'autre côté du Rhône. Le pape pouvait donc résider à Avignon sans se trouver sous la dépendance du roi de France, Philippe le Bel. En outre, Avignon était située à proximité du Comtat Venaissin, propriété de l'Eglise depuis 1274. La Ville possédait d'indéniables atouts stratégiques, politiques mais aussi géographiques. Elle était desservie par un réseau de circulations fluviales et terrestres qui la mettait en contact rapide avec les grandes métropoles et régions économiques. Elle disposait aussi d'un pont, le dernier avant la mer méditerranée et elle avait été dotée d'une université en 1303 par Boniface VIII. De nombreux marchands, qui avaient su apprécier ces multiples atouts, y vivaient.

Un séjour exceptionnellement long sur les bords du Rhône

Clément V mourut le 20 avril 1314 après un règne assez court qui jeta les bases de la politique de centralisation administrative, et de sédentarisation, qui caractérisa la papauté avignonnaise. Cette politique devait être poursuivie et amplifiée par son successeur Jean XXII élu en 1316. Les papes successifs, choisissant de demeurer à Avignon plutôt que de rentrer à Rome dans un contexte politique troublé, apportèrent chacun leur contribution à l'enracinement de la papauté sur les bords du Rhône. Et si, déjà au XIIIe siècle, les pontifes n'avaient vécu que très ponctuellement à Rome préférant parcourir leurs Etats de l'Italie centrale, jamais une autre cité n'avait accueilli la papauté de manière continue pendant un siècle. Le séjour avignonnais des papes constitue, de ce fait, un événement exceptionnel dans l'histoire de l'Occident chrétien.

Le développement de la ville et la création de livrées cardinalices

Avignon devint alors un centre économique de premier plan. Sa situation géographique lui permettait d'entretenir des relations avec les grandes villes de son temps : Paris était à 5 jours à cheval, Bruges 8, Valence 10, Florence et Londres 12, Venise et Rome 13...Des collecteurs sillonnaient la chrétienté pour lever des impôts au nom du pape, recourant souvent à des transferts bancaires pour acheminer cet argent à Avignon. Rapidement une collaboration s'établit entre la Chambre apostolique et les grandes compagnies bancaires italiennes. Ces mêmes grandes sociétés acheminaient à Avignon des produits précieux et lointains (draps d'or, tapisseries, fourrures, pierres précieuses, épices etc.).
La population d'Avignon s'accrut considérablement en quelques décennies jusqu'à atteindre 28000 à 35000 habitants. La ville se trouvait, ainsi, au même niveau que Bruges, Londres ou Rouen. Autour de la Curie (qui comportait selon les périodes entre 450 et 650 membres), vivaient une vingtaine de cardinaux, chacun disposant de sa familia et se logeant en ville dans des livrées cardinalices.
C'est dans ce contexte que commença l'édification du Petit Palais.